Cartes et territoires, une exposition rétrospective

Mis à jour : 6 mai 2019

Luigi Ghirri : l’art de la photographie situative en Italie des années 1970



Luigi Ghirri, Salzburg, 1977. Collection privée. Courtesy Matthew Marks Gallery © Succession Luigi Ghirri

Le Jeu de Paume expose actuellement une série d’oeuvres du photographe-esthète Luigi Ghirri, afin de représenter les années 1970 d’une Italie en plein mouvement culturel et politique. L’événement est unique de par la rareté d’exposer cet artiste en dehors de l’Italie. En effet, il s’agit de la première exposition des photographies de Luigi Ghirri en France, et le Jeu de Paume a effectué une sélection minutieuse des œuvres qui forme une rétrospective qui s’étend sur une décennie !


L’équipe de La Bastillette y découvre plusieurs mises en scènes différentes, reliées à un seul et unique imaginaire : le monde de la vivacité des couleurs. Ces couleurs vibrantes se retrouvent dans toutes les images de Ghirri, créant une unité esthétique marquée par la même lueur, constante et réfléchie à travers le Kodachrome (nom de l'œuvre de Ghirri et également d’une pellicule couleur largement utilisée à cette époque). Cette radiation se retrouve dès le début de la rétrospective – nous entamons le parcours muséologique en commençant par la thématique des régions italiennes, comme celle de Rimini, où Ghirri arrive à capturer une ambiance apocalyptique après les folies des fêtes foraines. Très vite, suivent des captures de scènes de paysages, réelles ou en miniatures (comme L’Italia in miniatura à Rimini, par exemple), ainsi que des portraits de personnes souvent représentées de dos dans des villes européennes telles que Lucerne.


À la recherche perpétuelle du signe dans les paysages urbains ou de provinces, cet artiste semble poser l’œil surtout sur une chose : les signes atypiques dans un cadre visuel donné, que ce soit une touche de kitsch, de trash, de nature délaissée ou modifiée sous l’empreinte humaine. Sans ouvertement apporter de message à son public (de l’époque ou actuel), la composition de ses œuvres permet une lecture philologique : les images restent sobres, sans commentaire, sans prétention. Représenter sans volonté éducative ou, plutôt, avec la simple ambition reproductive.


À travers les différentes facettes de l’art photographique de Luigi Ghirri, un fil conducteur se dégage : la volonté de capturer des extraits de scènes plutôt que de capturer la globalité de celles-ci. Souvent, la technique de Ghirri a pour but ultime de focaliser le regard sur une partie de la scène – comme par exemple la porte d’un garage, une partie d’un mûr taggé, la tête d‘un palmier, ou encore le vaste ciel bleu s’accrochant à un seul repère terrestre, un bout de toit.


Cette exposition est donc non seulement l’endroit idéal pour se perdre dans une cartographie photographique, mais elle livre aussi une palette d’expériences esthétiques, tout en gardant la cohérence visuelle de la représentation réaliste d’une époque au bord du changement sociétal.



Luigi Ghirri, Rimini, 1977 © Succession Luigi Ghirri


→ L’exposition est encore à visiter jusqu’au 2 juin 2019, au Jeu de Paume, à Paris : http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=3242

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