Les Fourberies de Scapin dans une mise en scène subtile de Podalydès

Nous sommes au port de Naples. Deux jeunes hommes discutent vivement à l’ombre d’un voilier et s’inquiètent de leur sort au retour de leurs pères. Dans le dos de ces-derniers, le premier s’est marié avec une femme différente de sa promise, tandis que l’autre s’est épris d’une diseuse de bonnes aventures. L’occasion pour l’agile Scapin, le valet du second, de redoubler de farces et de ruses pour de les tirer d’affaire.

Les Fourberies de Scapin occupent une place toute particulière dans le répertoire de Molière. Par son écriture, cette pièce rompt avec les contraintes du théâtre de cour et du théâtre de ballet. En 1670, Molière rend sa liberté au metteur en scène et renoue ainsi avec la « comédie pure ».


Les fourberies de Scapin / Photo Christophe Raynaud de Lage, Coll. Comédie-Française

Dans sa version des Fourberies, Denis Podalydès se saisit de cette liberté et la partage également avec ses acteurs. Ce mercredi soir de janvier 2020, l’auditoire semblait séduit par les improvisations et les seuls en scène survoltés de Scapin (le talentueux Benjamin Lavernhe). Il chante, danse, prend des accents de toutes sortes, interpelle le public et s’offre de joyeux écarts avec le texte original. Le public rit, tape des mains et retient son souffle lorsqu’une grue installée sur scène fait virevolter le célèbre sac dans lequel est piégé Géronte au dessus du parterre.

Il n’y a pas de doute, la pièce de Molière est un classique de la comédie. Mais Denis Podalydès nous offre une mise en scène subtile qui ne laisse pas de côté la teinte douce-amère de l’œuvre. La malice y rançonne l’autorité, l’avarice et la colère, mais les farces qu’elle entraine vont parfois trop loin. Dans un texte joint au programme, le metteur en scène met en évidence les excès, les coups de bâtons gratuits et le dureté de l’humiliation infligée à un père âgé. La frontière est ici mince entre le rire et la férocité. Dans des interludes musicaux tantôt drôles ou touchants, les personnages dansent avec une énergie presque violente et leurs chants prennent des accents mélancoliques. Podalydès mélange les arts et les genres. Le décor nous fait voyager dans les hauteurs. Par un jeu de trappe et d’échafaudage, les personnages sortent de terre et descendent du ciel, dans des costumes signés Christian Lacroix.


Les fourberies de Scapin / Photo Christophe Raynaud de Lage, Coll. Comédie-Française

Après une première tournée en région, le spectacle s’est arrêté pour une série de dates parisiennes, avant de repartir en France et en Europe jusqu’au printemps prochain. Une pièce à voir sans hésiter !


Les Fourberies de Scapin, Molière

Jusqu’au 2 février 2020 – Théâtre de La Comédie française

Durée : 1h45 (sans entracte)

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